Regroupement des associations de personnes traumatisées cranio-cérébrales du Québec

Qu’attend-on pour obliger le port du casque aux skieurs ?

Lettre à Michelle Courchesne
Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport

Récemment, nous avons été étonnés de lire dans les médias que vous aviez décidé de faire marche arrière dans votre intention de légiférer sur le port obligatoire du casque protecteur pour les skieurs et les planchistes. Vous préfériez plutôt attendre de voir les effets de la campagne de promotion qu’à l’introduction d’une loi, selon ce que les médias rapportaient des propos de votre attachée de presse.

Nous ne comprenons pas cette hésitation de votre part. Vous aviez pourtant formulé le désir de réglementer sur le port du casque à la suite du décès, en mars dernier, de l’actrice britannique Natasha Richardson sur les pistes du mont Tremblant. Faut-il vous rappeler que chaque année des milliers de skieurs subissent des blessures sur les pentes de ski?

Même les enfants de 12 ans et moins ne seront pas tenus de porter le casque pour dévaler les pistes de ski du Québec ! Au nom de la liberté de choix, comme le clament les opposants à une loi ? De quelle liberté de choix parle-t-on quand on peut y laisser sa vie ou avoir de graves séquelles pour le reste de ses jours ? De quelle liberté de choix parle-t-on quand on considère les coûts de santé et sociaux pour la société ? Votre position va à l’encontre du gros bon sens et des recommandations faites par de nombreuses association dont l’Association des médecins d’urgence du Québec… ceux-là même qui accueillent les patients blessés des pentes de ski.

Au Québec, pour l’année 2007-2008, on a enregistré plus de 13 000 accidents de ski. Soulignons également que plus d’un skieur sur deux (24 ans et plus) ne porte pas le casque. Puis, on prend connaissance de cette statistique stupéfiante : le port du casque éviterait 60 à 80 % des traumatismes craniocérébraux, selon l’Association canadienne de la physiothérapie. Ce n’est pas rien ! Quand on sait les conséquences irrémédiables causées par les traumatismes crâniocérébraux, on se demande comment la ministre peut continuer à hésiter devant des chiffres aussi révélateurs.

Le cerveau, c’est la tour de contrôle de l’être humain. Une blessure au cerveau, l’organe le plus important et le plus complexe de l’être humain, entraîne des conséquences irrémédiables sur les plans physique, cognitif, affectif et comportemental.

Comme l’expliquait une porte-parole de l’Association canadienne de physiothérapie1 : « Ce type de blessure peut provoquer des incapacités physiques comme la paralysie et peut modifier l'essence même d'une personne, sa façon d'interpréter et d'interagir avec le monde (…) que la personnalité, les émotions et la capacité de réflexion peuvent également être touchées. » Elle ajoutait « qu’il est impératif pour les planchistes et skieurs de protéger leur cerveau et leur tête notamment en portant un casque, peu importe leur âge ».

Nous sommes conscients qu’une partie de la population veuille résister à un changement de comportement ou d’habitude. C’est normal. Nous pourrions rappeler qu’il y avait, il y a plusieurs années, une vive opposition à l’obligation de porter la ceinture de sécurité sur les routes, pour ne nommer que ce seul exemple. Aujourd’hui, l’efficacité du port de la ceinture pour sauver des vies n’est plus à démontrer et la très grande majorité des citoyens ne remettent plus en question cette loi. Parce qu’elle est dans l’intérêt supérieur de la société québécoise.

Soyons clairs, madame la ministre, nous sommes d’avis que le port du casque ne peut prévenir toutes les blessures, il peut cependant minimiser les effets d'un choc à la tête. Nous sommes aussi totalement d’accord avec les volets de promotion et la prévention que vous voulez mettre de l’avant. Nous y croyons, nous en faisons tous les jours, c’est l’essence même de notre travail au sein de nos associations. Mais parfois la sensibilisation n’est pas suffisante, il faut rajouter l’élément contraignant d’une loi. C’est dommage, mais c’est comme ça.

Une loi qui obligerait le port du casque pour les skieurs et planchistes permettrait de diminuer considérablement le nombre de traumatisme craniocérébral, comme le montrent les chiffres.

En terminant, nous espérons que votre décision n’est pas définitive et que le gros bon sens l’emportera sur toute autre considération qui va l’encontre de l’intérêt supérieur de la société québécoise.

Nicole Tremblay
Présidente
Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec
www.raptccq.com

Shirley Johnson
Présidente
Association canadienne des lésés cérébraux
www.biac-aclc.ca

M. Normand Newberry
Président
Fondation Pensez d’abord Québec
www.thinkfirst.ca/chapters/qb_quebec_fr.aspx

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1. Entrevue à la Presse Canadienne